Les langues en Algerie

Combien de langues en Algérie parle-t-on vraiment ?

Arabe, dardja (ou daridja), kabyle, français… La réponse vous surprendra sûrement !


Un pays, plusieurs langues

Si vous avez déjà discuté avec un Algérien, vous avez peut-être remarqué quelque chose d’étonnant : au milieu d’une phrase en arabe, un mot français glisse naturellement. Puis un terme kabyle. Parfois les trois dans la même réplique. Ce sont les langues de l’Algérie ; elles ne témoignent en rien d’un appauvrissement linguistique.  Au contraire, l’Algérie se distingue par une richesse linguistique exceptionnelle à l’échelle mondiale. Les chercheurs du CRASC (Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle d’Oran) parlent même de quadrilinguité  : quatre grandes langues en Algerie qui coexistent au quotidien. Une richesse de plus que je vous invite à découvrir !

grandes langues en coexistence
de locuteurs de dialectes libyques/numides
des Algériens comprennent la dardja

Les 4 langues en Algérie

L’arabe : la langue officielle en Algérie

L’arabe classique ou littéraire – que les Algériens appellent al-lugha al-fu’ṣḥâ ou ‘arabiyya – est la langue officielle de l’État. C’est celle qu’on apprend à l’école, qu’on lit dans les journaux officiels, qu’on entend dans les discours politiques et les prières à la mosquée.

Mais voilà le paradoxe : c’est souvent la langue en Algérie la moins utilisée spontanément dans la vie de tous les jours ! Elle est perçue comme « la belle langue », celle du Coran, du savoir – mais dans la rue, à la maison, entre amis, c’est rarement elle qui sort naturellement.

langues en algerie : arabe classique langue officielle

La dardja : un melting-pot ancestral

La dardja, qui veut dire dialecte, (aussi écrite darja ou darija) est sans conteste la plus vivante des langues en Algérie. C’est elle qu’on entend dans les cafés, dans les taxis, dans les cuisines, dans les chansons de raï. Elle est comprise par 95 à 100 % de la population.

Ce qui la rend si particulière ? C’est ce melting-pot de siècles de brassages, culturel et ethnique. Son cœur est l’arabe, mais elle est le résultat d’un mélange de berbère, de turc (époque ottomane), d’espagnol (surtout à Oran) et de français. Le linguiste Abdou Elimam a même défendu l’idée que ses racines remontent à plus de trois mille ans, à l’époque punique carthaginoise – environ 814 – 146 av. J.-C. 

Un mélange qui n’est pas un défaut

Longtemps critiquée comme un « mauvais arabe », la dardja est aujourd’hui de plus en plus reconnue comme une langue à part entière, créative et adaptable. Les jeunes Algériens passent naturellement de l’arabe au français et au berbère dans une même conversation – les linguistes appellent ça l’alternance codique, et c’est en réalité un signe de compétence plurilingue remarquable. 

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Les 5 dialectes algériens : des langues millénaires

Si la darija est la langue que tout le monde comprend, l’Algérie compte aussi des dialectes bien plus anciens. Tous partagent une même origine très lointaine (~VIIe siècle av. J.-C.), attestée par un alphabet commun parmi les plus vieux du monde : le tifinagh.

Ces glyphes que l’on retrouve gravés dans la roche du Tassili n’Ajjer depuis des millénaires sont la preuve silencieuse d’une présence linguistique profonde.
Cinq grandes variantes de ces dialectes anciens sont encore bien ancrées et encore vivantes aujourd’hui sur le territoire algérien.

l'alphabet tifinagh-lybique avec transcription latine
Aphabet tifinagh-libyque

📍 De nos jours, trois pays enseignent cet alphabet dans les écoles et les universités, ce qui les a fait passer du statut de dialecte à celui de langue officielle :

  • en Algérie ;
  • en Libye ;
  • au Maroc (juste en primaire).

Le Français

La relation entre l’Algérie et la langue française est l’une des plus complexes, des plus douloureuses et des plus créatives qui soit. Langue de la colonisation (1830–1962), le français est aussi devenu la langue dans laquelle des auteurs comme Mohammed Dib, Kateb Yacine, Yamina Mechakra, Yasmina Khadra et bien d’autres … ont écrit certaines des pages les plus belles de la littérature algérienne.

Officiellement, le français n’a aucun statut en Algérie – il est enseigné comme « première langue étrangère ». Mais dans la réalité, il est partout : dans les universités, la presse, les entreprises, les réseaux sociaux, les blagues, les chansons.

🧐 Il est d’ailleurs très difficile d’apprendre l’arabe ou le kabyle puisque tout le monde le parle !

Cependant, il est de plus en plus remplacé par la langue anglaise. Les enseignes et les inscriptions des bâtiments officiels l’ont remplacés par cette dernière.

Finalement, cette célèbre citation de l’ancien Président Abdelaziz Bouteflika résume à merveille le cas des langues en Algérie :

« Je ne parviens pas à déterminer quelle langue parlent les Algériens. Ce n’est ni de l’arabe, ni du français ni même de l’amazigh… »
… C’est la Dardja 😉 !

Cette anecdote illustre à quel point la situation linguistique algérienne est unique… Et fascinante !

Belle preuve de coexistence de trois langues en Algerie

Ironie du sort : des mots arabes passés dans le français courant 😉

Savez-vous que vous utilisez des mots arabes, parfois très courants, sans (peut-être), le savoir ? De plus, certains sont typiquement de l’algérien ! Les voici :

  • BLED : de l’arabe algérien blad – بلد « pays », « contrée » ou « campagne ». Utilisé en français pour désigner un endroit perdu, loin de tout .
  • MABOUL : Passé tel quel dans l’argot français – vient de mahboul  – مهبول « fou, sot, stupide », dont le h se prononce en arabe.
  • FLOUZE : Terme familier très utilisé en France – mot venu de l’arabe algérien fulūs  – فلوس (une ancienne monnaie de cuivre ottomane).
  • Faire FISSA : Faire vite. De l’arabe maghrébin fī sāʿa – في ساعة littéralement « dans l’heure » ou « immédiatement ».
  • GOURBI : arabe dialectal algérien gurbi  – قربي « maison de terre, chaumière ou hutte ».
  • AMIRAL : Mot savant, militaire, sans usage argotique populaire en Algérie.  Contrairement aux autres mots, il vient bien de l’arabe ancien ʾamīr al-ʿālī (« chef suprême ») ou ʾamīr al-baḥr (« prince de la mer »), entré en français au XIIe siècle.
  • CAOUA : Le café, utilisé en argot. Vient de l’arabe maghrébin (قهوة) qahwa (le h se toujours en arabe).
  • ALGÈBRE : Vient de l’arabe al-jabr  – الجبر « restauration » ou « réduction », IXe siècle.
  • TOUBIB : de l’arabe ṭabīb – طبيب « médecin » via le dialecte maghrébin ṭbīb.
  • CHOUYA : de l’arabe maghrébin šuya  – شوية – « un peu ».
  • Et bien d’autres…

6 expressions à apprendre avant de partir en Algérie

Vous partez en Algérie, ou vous voulez simplement épater – faire plaisir à un proche algérien ? Voici quelques expressions incontournables de la dardja, avec leur sens et leur contexte et utilisées dans toutes les langues d’Algérie

expression en dardja algerienne-saha

Saha

Merci, à ta santé, bon appétit – selon le contexte. Un mot qui fait tout !

expression en dardja algerienne-hamdoulillah

Hamdoulillah

Dieu merci. Expression de gratitude et de satisfaction, utilisée dans mille situations.

expression en dardja algerienne-inshallah

In shaa Allah

Si Dieu le veut. Peut exprimer un vrai espoir… ou une manière polie de ne pas s’engager. Tout est dans le ton !

Bnine, une expression dardja d'Algerie

Bnine !

C’est délicieux ! Le compliment à sortir absolument quand on goûte la cuisine algérienne.

expression en dardja algerienne-bslama

B’slama

Au revoir, dans la paix. Une formule chaleureuse pour prendre congé.

Foire aux questions fréquentes sur les langues en Algérie

L’arabe algérien – la dardja/darija est la langue du quotidien, comprise par presque tous les Algériens. L’arabe classique est la langue officielle de l’État. Le kabyle, le chawi, le mozabite, le targui et le chenwi sont parlés par environ 10 millions de personnes. Et le français, sans statut officiel, reste très présent dans l’enseignement et les médias, mais tend à disparaître peu à peu du paysage.

Le kabyle est un dialecte tifinagh. Depuis la révision constitutionnelle de 2016, cette langue vivante en Algérie est reconnue « nationale et officielle » – au même titre que l’arabe.
Elle n’est donc plus un dialecte au sens stricte, mais une langue.

Oui, très largement ! Le français n’a pas de statut officiel, mais il est encore presque partout : à l’université, dans la presse, dans les entreprises, sur les réseaux sociaux. Beaucoup d’Algériens passent naturellement de l’arabe au français dans la même conversation. Mais il cède doucement la place à l’Anglais.

La darija (ou dardja) est l’arabe « dialectal » algérien parlé au quotidien. Ce n’est pas de l’arabe classique ou standard – mais c’est une langue vivante à part entière, construite sur des siècles de mélanges entre arabe, tifinagh, turc, espagnol et français. Elle varie un peu selon les régions, mais tous les Algériens se comprennent. On peut parler d’arabe dialectal du Maghreb qui varie selon le pays.

L’Algérie compte deux langues officielles:

  • l’Arabe « littéraire », officiel depuis la Constitution de 1963, le 10 septembre (après l’indépendance du 5 juillet 1962) ;
  • et le Tifinagh, langue nationale par la loi n° 03-02 le 10 avril 2002 et officielle depuis le 7 mars 2016.

« L’islam est la religion de l’État. L’arabe est sa langue officielle. Tamazight est langue nationale et officielle. L’État œuvre à son développement dans toutes ses variétés linguistiques. » – Constitution 2020 (article 4)

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Un commentaire

  1. Merci, j’ai trouvé l’article très instructif, concis et agréable à lire.
    Au plaisir d’en apprendre d’avantage.

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